Absence, manque de clarté, esquive : où sont les élus ?

À Gujan-Mestras, la campagne électorale se déroule dans un climat de défiance. Gestion des débordements d’égouts après les intempéries, avenir des espaces forestiers dans le cadre du Plan Local d’Urbanisme, absences remarquées lors d’un débat économique majeur : sur plusieurs dossiers sans lien direct entre eux, une même critique revient avec insistance. Pour une partie des habitants, les élus manqueraient tour à tour d’anticipation, de transparence et de présence.
De la gestion sanitaire immédiate aux choix d’aménagement du territoire, jusqu’à la confrontation démocratique des idées, c’est la notion même de responsabilité publique qui se trouve aujourd’hui questionnée.
Égouts : une urgence sanitaire sous silence
Les fortes pluies ont provoqué des débordements d’eaux usées dans plusieurs secteurs du Bassin d’Arcachon, notamment à proximité du port de Larros à Gujan-Mestras. Un phénomène loin d’être inédit.
Ces eaux noires, chargées de bactéries, ont ruisselé dans les caniveaux avant de rejoindre le bassin, faisant craindre une contamination des eaux littorales et une fois de plus une crise ostréicole.
Des spécialistes de l’assainissement estiment que des interventions rapides, pompage des eaux et désinfection des voiries, auraient permis de limiter la propagation des bactéries et de mieux protéger la population. Dès lors, une question s’impose : qu’ont fait les élus de la ville ?
Pourtant, cinq représentants de la municipalité siègent au SIBA, l’organisme en charge notamment de l’assainissement sur le Bassin d’Arcachon. Malgré cette responsabilité directe, aucune réaction visible ni communication officielle forte semblent avoir accompagné ces événements.
Entre défaut d’anticipation et manque de réactivité, la déception est palpable chez de nombreux habitants, qui attendaient au minimum des explications claires et des mesures immédiates face à une situation relevant de la salubrité publique.
Dans ce cadre, l’information à la population constitue un levier essentiel dans la gestion du risque. Notre objectif est de renforcer l’information et de développer une véritable culture du risque au sein de la collectivité et auprès des habitants, afin d’adopter le bon geste, au bon moment, et de mieux anticiper comme de mieux gérer les situations de crise.
Au-delà de la gestion communale, l’élection municipale projette également des représentants dans l’ensemble des instances intercommunales et organismes ayant compétence sur le territoire, notamment en matière d’assainissement. Cette responsabilité ne s’arrête donc pas aux seules décisions prises en conseil municipal.
Forêt : un Plan Local d’Urbanisme controversé
En pleine campagne électorale, le débat se tend autour du Plan Local d’Urbanisme (PLU). Ce document stratégique, qui devait être validé avant la fin du mandat, a finalement été retoqué et se retrouve au cœur des crispations.
La majorité municipale est critiquée par les opposants, dont je fais partie, qui estiment qu’elle cherche à présenter une version édulcorée du projet, alors même que les habitants se montrent particulièrement attachés à leurs forêts urbaines et périurbaines. Cette présentation atténue les conséquences réelles du Plan Local d’Urbanisme sur les espaces naturels, dans un contexte où la préservation du cadre de vie constitue une priorité forte pour de nombreux Gujanais.
Un rapport de la Mission Régionale d’Autorité environnementale (MRAe) pointe le risque de consommation de 32 hectares d’espaces naturels et forestiers. Une donnée qui alimente les inquiétudes et renforce l’idée d’un décalage entre le discours politique et la réalité des documents administratifs.
Pour notre part, nous affirmons clairement que nous ne toucherons pas aux forêts périphériques et que nous nous concentrerons exclusivement sur des interventions dans l’enveloppe urbaine existante, afin de répondre aux besoins d’aménagement.
Débat économique : des absences qui interrogent
Autre épisode marquant de la campagne : l’organisation d’un débat par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), consacré à l’avenir du tissu économique local.
Avec près de 400 entreprises et environ 7 000 salariés sur le territoire, la question économique constitue un enjeu majeur pour la commune. Pourtant, sur les cinq candidats déclarés, seuls deux ont répondu présents.
Pour certains observateurs, ignorer un tel rendez-vous traduit soit un bilan difficile à défendre, soit une absence de vision stratégique. Comment aspirer à diriger une ville sans prendre en considération cette composante majeure qu’est le tissu économique local, et sans confronter ses idées dans un cadre public et structuré ?
À l’heure où les entreprises représentent des centaines d’emplois et participent directement à l’attractivité du territoire, refuser le débat revient à éluder une responsabilité essentielle. Gouverner, c’est accepter la contradiction, exposer son projet et répondre aux interrogations, même lorsque l’exercice est difficile.
(Article la Dépêche du Bassin)
Une exigence démocratique
Au-delà des polémiques, un principe demeure : la démocratie locale repose sur la confrontation des idées, la transparence et la responsabilité. Les citoyens attendent de leurs élus trois qualités fondamentales : l’honnêteté, la présence et la responsabilité.
Répondre présent, même lorsque la situation est délicate ou peu valorisante politiquement, constitue le socle de l’engagement public. À l’heure où la confiance envers les institutions s’effrite, ces absences, qu’elles soient physiques, communicationnelles ou stratégiques, laissent une impression durable.
À Gujan-Mestras, la campagne électorale ne se jouera pas seulement sur des promesses, mais sur notre capacité à assumer, expliquer et agir. Car servir les administrés implique avant tout d’être là, dans les moments favorables comme dans les tempêtes.
